CAMP ERE DE L'ESTUAIRE Port-au-Saumon

Oasis nature Charlevoix, Québec

Écologie à Port-au-Saumon

Au camp, nous étudions les libellules.
Nous avons identifié plus de 66 espèces différentes dans la région de Charlevoix.
À toutes les années, nous voulons améliorer la collection d'insectes du camp.
De plus, les jeunes entomologistes auront la chance de photographier et dessiner les insectes.


LA LIBELLULE ''GLOBE-TROTTEUR'', SURVOLE LE TERRAIN DU CAMP L'ERE DE L'ESTUAIRE.
par : RAYMOND HUTCHINSON

Pour l'odantologiste (spécialiste des libellules), la vue d'un individu de cet odonate spectaculaire fait émerger en lui tout un déferlement de connaissances accumulées à travers le monde. Le terme ''globe-trotteur'' vient de ce que Pantala flavescens est répandu sur une bonne partie de notre planète. Cette grande voyageuse peut parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Fait étonnant au surplus, l'espèce envahit des régions nordiques comme la province de Québec. Les femelles pondent probablement des millions d'oeufs dans des étangs et des mares de sablières et de gravières, mais les larves doivent se dvelopper en quelques semaines tout au plus, ce qui n'est pas la norme dans le monde des libellules. Pourquoi? Ces larves, fait exceptionnel, ne survivent pas à nos hivers ce qui contraste avec les autres éléments de notre faune odontologique. En effet, les larves de toutes les autres espèces, sauf Pantala hymenaea, peuvent survivre à nos hivers rigoureux, pour émerger avec le retour de la saison estivale.

C'est une observation étonnante de voir les larves de P. flavescens mortes sous la glace des étangs en fin de novembre, alors qu'à côté d'elles des larves de Libellula lydia poursuivent leur existence malgré des conditions climatiques adverses. Celles-ci sont adaptées aux rigueurs hivernales contrairement à Pantala flavescens.

En conséquence, la première génération de P. flavescens adultes que nous observons en début de saison proviennent d'autres contrées plus chaudes par voie migratoire. Ces nouveaux arrivants pondront dans de petites étendues d'eau de nos sablières ou d'autres types d'habitats aquatiques probablement en milieux ouverts. Les larves devront se hâter de grandir, de se nourrir pour enfin émerger puis vivre leur vie adulte sur le territoire québécois avant le retour des périodes de froid et de gel.

Dans la région de Port-au-Saumon, nous observons des Pantala flavescens depuis une bonne trentaine d'années. Les individus survolent le site du camp, parfois la baie et aussi les abords de la route 138. Par contre, nous n'avons pas encore trouver de sites où les larves se développent. Sont-elles seulement de passage dans la région ou parviennent-elles à s'établir temporairement dans des sites autour de Port-au-Saumon? Il nous faudrait bien un jour les découvrir. Voilà un beau projet pour l'équipe d'entomologie du camp.

D'autre part, je propose aux entomologistes du camp de capturer des exemplaires adultes de P. flavescens, ce qui s'avérera sans doute difficile, car cette libellule compte parmi les meilleures volières de toutes les espèces que nous rencontrons. Elle est passée maître dans l'art de l'esquive, des changements d'orientation rapides et imprévus, sans compter que sa vitesse de croisière peut également être rapide au besoin.

Libellule en main, ce qui frappe d'abord, c'est la largeur inhabituelle des ailes postérieures par rapport à la grosseur de la libellule. On rapporte que les Pantala survivent à la furie des tempêtes de vent, contrairement aux autres libellules qui périssent en de telles circonstances. Le fait a été observé dans le sud de l'Ontario, au bord des Grands Lacs.

En terminant, j'ai publié, il y a longtemps déjà, un article d'une bonne dizaine de pages qui résument les faits étonnants qui marquent l'existence remarquable de cette libellule fascinante.

Bref, l'été prochain, cap sur notre objectif de trouver dans la région de Port-au-Saumon, peut-être autour du camp, des larves de Pantala flavescens. Réussirons-nous? Le défi est lancé!