CAMP ERE DE L'ESTUAIRE Port-au-Saumon

Oasis nature Charlevoix, Québec

Écologie à Port-au-Saumon

INTRODUCTION
"Le fleuve Saint-Laurent prend sa source dans les Grands Lacs, au cœur d’une des plus imposantes agglomérations industrielles en Amérique du Nord. Les impacts qu’il a subis au cours du XXe siècle sont nombreux : modification de son régime d’écoulement, dégradation de la qualité de l’eau, artificialisation et érosion des rives, déclin de certaines communautés végétales et animales, etc. Malgré les efforts consentis depuis une trentaine d’années pour réduire ces impacts, ce grand cours d’eau demeure vulnérable aussi bien à l’agriculture intensive et aux empiètements dans la plaine inondable qu’au dragage du chenal de navigation et à la régularisation du débit. À cela, s’ajoutent de nouveaux enjeux environnementaux tels que les changements climatiques, les espèces envahissantes et les substances toxiques dont les effets sont peu connus."
Source : Portrait global de l'état du Saint-Laurent (2008)
http://www.planstlaurent.qc.ca/sl_obs/sesl/publications/portrait/2008/Portrait_global_2008_f.pdf

Le Saint-Laurent
Les noms de lieux naissent, vivent, évoluent, affrontent de nouveaux-venus, et, vidés de leur sens initial, leur cèdent la place. L'homme ne peut vivre sans toponymes ; ils sont liés à sa lutte pour la vie, à son écologie.

En 1534, Jacques Cartier vient reconnaître pour la France la rive occi- dentale de l'Amérique. Arrivé à Terre-Neuve, le marin entre dans le détroit de la baye des Chasteault, — qui tire son nom de la configuration des rochers,— longe ensuite l'ouest de la grande île, visite les îlots sablonneux de la Madeleine, puis plante une croix dans la baie de Gaspé, sur la presqu'île de la Pénouille, —• c'est-à-dire ((la péninsule)), suivant une forme dialectale. Remontant plus tard vers le nord, il pénètre dans une (( grande baye en manière de demy-cercle )) qu'il nomme simplement la Grant Baye. II ne soupçonne pas encore l'existence du Fleuve. L'année suivante seulement, en cherchant le fond de ce golfe au nord d'Anticosti, il découvre la rivière de Canada qui le conduira près de 200 lieues à l'intérieur du continent. Le nom de Saint-Laurent, donné d'abord par Cartier au havre Sainte-Geneviève ne s'étendra définitivement au Fleuve qu'avec Samuel de Champlain.35

Un article hagiographique, d'ailleurs intéressant, dont j'ai malheureuse- ment égaré la référence, attribue le patronage du Fleuve à saint Laurent O'TooIe, un moine irlandais qui se brouilla avec Henri II d'Angleterre et mourut peu après au monastère d'Eu en Normandie. Opinion sympathique sans doute, mais la rivière Saint-Laurent tire son nom de la baye Sainct Laurens en face d'Anticosti, où Cartier entra le soir du 9 août 1535 et séjourna quatre jours. Or le 10 août, se situe la fête de saint Laurent, mort sur le gril à Rome entre 210 et 220, et parti- culièrement populaire en Bretagne.36

C'est bien en son honneur que fut nommée la baie de la Côte-nord et non de Laurent O'Toole, dont la célébration a lieu le 14 novembre.

Que Cartier dédie un lieu géographique à un protecteur céleste, rien d'é- trange. En effet, peut-on lire dans la même relation : « Pour ce que c'estoit le jour monseigneur saint Jehan, le nommasmes le cap saint Jehan » . . . « Et pource que le jour saint Pierre nous entrasmes dedans ledit destroit nous le non- masme le destroye saint Pierre. » . . . « Le Iandemain, jour Nostre Dame d'aoust, quinziesme dudict moys, ... eusmes congnoissance de terres ... que nous avons nommé l'isle de I'assumption»37 (île d'Anticosti). Et cela n'épuise pas les cas nombreux que nous offrent les relations du Malouin. Le calendrier ecclésiastique joue alors un rôle de premier plan dans la vie quotidienne. Jusqu'au vingtième siècle d'ailleurs la vie agricole de la vallée en fera grand état. Ainsi, la Saint-

35 BIGGAR, H. P., The voyages of Jacques Cartier. Published from the originals with translations, notes and appendices, Publications oj the public Archives oj Canada, n° 11, 1924. Voir pp. 68, 76, 108-109.
36 BIGGAR, op. cit., p. 102. 37 BIGGAR, op. cit., pp. 29, 75, 104.